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L'entrepreneurship
et la nouvelle économie

by

André Locas
E-mail: alinea@rocler.qc.ca

Copyright © 1997 André Locas. All rights reserved. Published here by permission.


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Il y a quelque temps je rencontrai plusieurs personnes en formation pour devenir entrepreneur ou travailleur autonome . Au fil des discussions qui suivirent, j'ai réalisé à quel point le monde du travail, comme on l'avait connu, était radicalement transformé.

Dans le vieux monde du travail, autant la grande entreprise était perçue comme celle qui pourvoirait au bien-être de l'humanité en fournissant du travail aux populations citadines, autant elle est maintenant vue comme le fossoyeur de l'emploi. A cela s'ajoutent les transformations radicales des gouvernements, rayant de leurs listes de paie des milliers de personnes. C'est le désengagement social non seulement de l'État, mais aussi de l'entreprise.

Afin d'éviter une crise, qui ne serait pas sans précédent, l'élite gouvernante tente de rendre les citoyens plus autonomes en leur suggérant de devenir entrepreneurs: ceci soulagerait de dépenses en sécurité sociale et procurerait aux entreprises les consommateurs dont elles ont toujours besoin, mais qu'elles ne veulent plus créer.

Est-il possible de changer une grande partie de la population active en entrepreneurs indépendants sans la transformer en trimardeurs ?

Selon certaines statistiques des copieurs Canon et de l' "American Assn. of Home-Based Businesses" plus de 46 millions d'américains travaillent à temps plein ou à temps partiel à la maison. Ils sont âgés en moyenne de 48 ans, et leur revenu moyen en 1995 était de $34,500. Ce qui, à mon avis, est encore plus intéressant, ce sont les raisons qui ont poussé ces gens à devenir entrepreneur indépendant:

désir d'indépendance - 69%
opportunité d'affaires - 38%
'aiment pas les grandes entreprises - 33%
avaient besoin d'un changement - 30%
ont eu une idée géniale - 25%
ont été remerciés par la réingénérie - 20%

Ces chiffres, surtout la moyenne d'âge, me poussent à croire que d'abord l'entreprise a perdu une main d'oeuvre qualifiée et expérimentée qui ne démontre plus d'intérêt à se réaliser au travail, c'est-à-dire d'exercer une activité, contre rémunération, sous le joug d'une autre personne. Ensuite, la moyenne de revenu nous porte à penser que ce n'est pas le rêve américain qui pousse ces gens à préférer une occupation autonome. Il y a autre chose.

La puissante éclosion de la disponibilité de l'information à la maison, grâce aux moyens de communication comme le câble, le modem, les services téléphoniques additionnels, la TV interactive, le courrier électronique et l'internet changent les données du jeu et permettent à certains entrepreneurs de concurrencer avantageusement la grande entreprise. Les enjeux sont énormes en terme de marché et de qualité de service, puisque le nec plus ultra de la main d'oeuvre qualifiée serait déjà, ou sur le point de devenir autonome.

Revenons à notre préoccupation sur la transformation possible de ces personnes en trimardeurs. Le succès ou l'échec d'une telle transformation sociale nous portent à nous interroger sur la formation nécessaire pour devenir entrepreneur indépendant. Permettez-moi de soulever les 5 plus grands défis auxquels l'entrepreneur indépendant doit faire face:

Utiliser un plan d'affaires
En pratique, le plan d'affaires sert principalement à trois choses: 1) plaire aux organismes gouvernementaux qui peuvent subventionner ou aider au démarrage de l'entreprise, 2) obtenir du financement auprès d'institutions financières et 3) fournir un cadre d'action avec des objectifs pour l'entrepreneur. Quand les deux premiers ne sont plus nécessaires, l'entrepreneur ne doit pas se sentir lier par son plan d'affaires. Celui-ci ne doit pas être un carcan, mais seulement une planche de départ qui peut dévier au gré du marché et des possibilités d'affaires.

Offrir un service ou un produit changeant, malléable, éphémère ou sur mesure
Les entreprises ne peuvent plus se permettre de faire du sur place en offrant un produit en série qui ne peut être modifié qu'avec d'énormes efforts et capitaux. Les marchés sont tellement changeants, les préoccupations des consommateurs tellement mouvantes, qu'une entreprise n'a d'autres choix que d'améliorer ses produits, de sortir de nouveaux produits si elle veut rester en vie. L'industrie de pointe du logiciel a vu s'écrouler des centaines d'entreprises qui ne se sont pas adaptées aux changements. Les entrepreneurs indépendants peuvent mieux répondre aux petits marchés hautement spécialisés, être plus flexibles, changer de direction plus rapidement que ne le ferait la grande entreprise conventionnelle.

Connaître les principes de base en marketing et en techniques de vente
Malgré l'emploi de la meilleure stratégie de marketing, pour conclure une vente, il est nécessaire de connaître la mécanique de la vente. C'est-à-dire qu'en plus d'avoir un plan stratégique de mise en marché, il faut être en mesure de conclure la vente directement avec le client; le défaut de conclure celle-ci est fatal pour l'entreprise. Évitez les conseils sur les stratégies en marketing transmises par des personnes n'ayant jamais démarré une entreprise, par exemple des fonctionnaires gouvernementaux, ou des enseignants de carrière, ceux-ci n'en connaissent probablement que la théorie; rien ne vaut la pratique des préceptes de marketing et de vente pour être en mesure de conseiller les entrepreneurs.

Connaître les principes de base en comptabilité
Pour toutes les entreprises en activité, leur survie repose sur le simple principe que les revenus doivent être supérieurs aux dépenses sur une certaine période de temps. Le travailleur autonome se doit de connaître les rouages de la comptabilité et avoir toujours en tête une image nette de sa situation financière. Les conseillers bancaires sont, quant à moi, les pires ressources que l'on puisse imaginer. L'aide qu'ils apportent aux travailleurs autonomes et à ceux qui démarrent leur entreprise n'est que prétexte à analyse financière afin d'y voir la possibilité de prêter de l'argent ou d'établir une marge de crédit. Ces moyens de financement devraient faire l'objet de recommandations d'analystes ou de comptables indépendants du réseau bancaire. Comme le dit le fondateur de Québecor, monsieur Pierre Péladeau: «Traitez les banques et leurs représentants comme des fournisseurs!».

S'éloigner de la mentalité de l'employé-travailleur
Beaucoup de personnes continuent de croire que les méthodes utilisées dans l'entreprise pour faire produire les gens doivent nécessairement s'appliquer aux travailleurs autonomes. Par exemple, on insiste sur le maintien d'un horaire de travail rigide pour «performer» à la maison, alors que le travailleur autonome a un contrôle complet sur son horaire de travail. S'il est véritablement un travailleur autonome, il n'a pas à s'imposer un 9 à 5 vieillot et industriel, mais à utiliser son temps comme une ressource flexible.

Ces défis ne sont rien comparativement aux défis auxquels les gouvernements et la grande entreprise feront face, à coup sûr, dans l'éventualité de l'échec ou du succès de la transformation d'une grande partie de la population active (en trimardeurs ou en entrepreneurs). Ceux-là devront composer avec une nouvelle réalité sociale dans laquelle leur rôle sera amoindri et même éventuellement étiolé.

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